jeudi 5 novembre 2015

L'intégration... au lycée

L'autre jour, sur Twitter, je repensais un peu à ma vie de lycéenne, sur laquelle j'avais déjà écrit une mini série de deux articles qui sont loin d'avoir fait le tour de la question. J'avais bien sûr fait référence à l'hypocrisie qui y régnait, la superficialité, ce qui je pense est souvent le cas dans les lycées internationaux se voulant "au dessus" des autres. Mais en y repensant, j'ai pu identifier d'autres causes à mon mal être et à mon sentiment de non appartenance. 

photo : we heart it

1. Les origines 

Ca peut sembler paradoxal, puisqu'on parle bien d'un lycée international. Mais ça ne l'était pas, en réalité. Je venais d'un ZEP, donc d'un collège de cité, qui se trouvait être incroyablement diversifié, même si les mentalités l'étaient moins que dans mon lycée. En arrivant au lycée, la première chose qui m'a sauté au yeux, c'est l'absence quasi totale d'élèves noirs. Dans mon collège il y avait de tout. Là, les couleurs de peau étaient plus homogénéisées... Ca m'a surprise. 

Et puis, au fil du temps, j'ai pu constater la quasi absence d'élèves partageant mes origines maghrébines, également. 

Sur Twitter, ce qui m'a choquée, c'est qu'on me dise de "continuer à m'intégrer". Alors qu'on intégrait pas vraiment de personnes très diversifiées dans mon lycée, aussi "international" soit-il. 

2. La classe sociale 

Parce que je suis issue de parents ouvriers, et que donc je faisais "un peu tache" dans le paysage. En soi, ça ne me gêne pas. Encore aujourd'hui, malgré l'amélioration de ma situation financière (j'ai pas gagné au Loto, ma mère travaille plus pour gagner plus, et je suis étudiante boursière, c'est tout), je ne me soucie que peu des marques de vêtements et compagnie. Par contre, il y avait une vraie pression sociale dessus, puisque dès l'apparition d'une nouvelle tendance, tout le monde semblait se jeter dessus et ne faire qu'en parler. Que peut-on y faire, me direz-vous ? 

Le fait est que j'étais une vraie rareté dans mon lycée, alors que celui-ci était gratuit et "sélectif", j'en viens à me dire que ce ne sont peut-être pas les notes qui ont mené tous mes camarades dans ce lycée. 

Pourtant la classe sociale ne joue pas toujours sur la motivation scolaire. Mais je ne crois pas qu'ils donnaient leur chance à n'importe quel "pauvre". 

3. Le corps enseignant, complètement à côté de la plaque

Je disais qu'en soi, la richesse des autres, ma "pauvreté" etc ne me dérangeait pas. La "sélection" comme développée dans le point précédent un peu plus, je me sentais comme une minorité, mais soit. Par contre, ce point-ci était déterminant. 

Premièrement, ces profs complètement imbus d'eux-mêmes, qui fonctionnaient à la tête des élèves et qui jouaient de la réputation du lycée. Par exemple, j'avais une prof de français en seconde absolument immonde avec ma classe. Mais plus particulièrement avec moi. Et je l'avais oublié, c'est mon meilleur ami qui me l'a rappelé. Il m'a dit "Mais c'est pas possible, elle te détestait, elle te démontait après chaque contrôle en public, tu t'en souviens pas ?". Pourtant, les notes de la classe en français ne volaient pas haut, va savoir ce qu'elle avait plus spécifiquement contre moi et mon 10-11 de moyenne... 

Ensuite, j'étais étiquetée. Je ne le savais pas en premier lieu, mais l'un de mes profs me l'a dit. Au départ, je l'ai pris limite comme un compliment, de me faire remarquer, mais ensuite j'ai compris que ça ne jouait absolument pas en ma faveur, et peut-être que l'aversion de cette prof pour moi venait de là. 

J'entends par là que mon dossier scolaire était mentionné plus spécifiquement en conseil de classe, parce que je venais d'un ZEP, que j'étais là uniquement de par mes bons résultats scolaires, et donc qu'en temps normal, je n'aurais eu aucune chance dans ce milieu. Au départ, je me suis dit "Chouette, ils voient que je travaille très bien donc que j'ai ma place ici !". Mais j'étais naïve, en vérité, ça sonne un peu plus comme une insulte envers le manque de moyens de mes parents : j'habitais en cité, avant, donc j'allais dans un collège de secteur pour la proximité, rentrer à midi, tout ça. Mon collège, même classé ZEP, n'était pas mauvais puisqu'il permettait aux bons élèves comme moi d'avoir le niveau requis pour le lycée. D'autant qu'on était deux à venir du même collège, mais la deuxième, fille blanche et issue d'une famille plus aisée, n'a pas eu l'air de marquer les esprits.

Voir les articles #ThrowbackThursday associés : 

* * *

En gros, on me parle de m'intégrer alors que c'est bien exactement ce que je me tuais à faire. Suite à mon 9 en français en tout début d'année de seconde, j'ai fait le maximum d'efforts pour avoir 10 la fois d'après, mais ça n'a pas semblé calmer ma prof de français. Ensuite, malgré les différences d'intérêts notables entre mes camarades et moi, je n'ai jamais eu de conflit avec personne, même le plus infime, et j'ai simplement trouvé des personnes plus intéressantes, à mon sens, à côtoyer au quotidien. Je travaillais, je ne fumais pas, je ne buvais pas, je sortais à peine en dehors des cours, je n'avais pas d'absences, pas de retards intempestifs, pas d'accrochages avec les profs (à savoir que je n'ai jamais tenu tête à la prof de français, c'est juste pas dans ma nature de m'énerver contre quelqu'un qui s'énerve contre moi), de bonnes notes, un bon comportement. Et pourtant, et pourtant... je n'étais pas "intégrée". J'étais mentionnée en conseil de classe, j'étais limite lynchée publiquement en français, je faisais d'office partie d'une minorité dans mon lycée, j'étais vue comme telle, et quotidiennement, on me renvoyait cette vision de moi à mon visage. 

Qu'avais-je bien pu faire de mal ?

Voilà pour cette petite analyse rétrospective. En espérant qu'elle fasse réfléchir ceux qui pensent que les personnes racisées/d'origine de cité ne font rien pour s'intégrer. 

Love always, 


4 commentaires:

  1. Il est très intéressant ton article ! Je me retrouve pas mal dedans. L'entrée au lycée fut aussi un choc étant donné que je venais aussi d'une collège "de cité".
    C'est dur à vivre parfois mais je suis fière de notre parcours et j'essaye que les mentalités évolueront :)

    <3

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    1. J'espère aussi, d'autant que c'est bien dommage de voir ses années lycée devenir un mauvais souvenir pour si peu de choses qui vont de travers...

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  2. Ton article est très touchant, même si nous n'avons pas les mêmes "origines" je me reconnais beaucoup dans ton histoire. Mon problème n'était pas de venir d'une ZEP, mais d'être fille d'agriculteur. Alors que mon lycée était dans une petite ville de même pas 5000 habitants, les élèves venaient d'assez loin pour la réputation du lycée et avaient des moyens plus que corrects. Alors qu'au collège, il y avait d'autres enfants d'agriculteurs, ils ont tous étaient "poussés vers la sortie" en fin de troisième pour aller vers l'apprentissage, CAP... Mais je n'ai pas voulu faire pareil et tenir tête en continuant mes études malgré certains profs qui me répété à longueur de journée que je ne ferais jamais rien et que je n'obtiendrai aucun diplôme.
    En première lors d'un cours de sociologie, j'ai vu les pourcentages des enfants d'agriculteurs et ouvriers faisant des études supérieures, et c'était vraiment minime. Lorsque la prof a demandé comment expliquer ces chiffres, un élève a répondu que c'était parce qu'ils n'avaient pas les bases intellectuelles suffisantes... Depuis ce jour, je me suis dit que j'allais faire mentir les chiffres et que j'arriverai à faire des études comme un fils de docteur ou de prof. Et c'est ce que j'ai fait, je suis aujourd'hui en Master 1 et dès que j'ai un coup de mou, je me dit que je dois continuer pour faire mentir tous ces c**
    Bonne continuation à toi :)

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    1. Félicitations, je suis contente de voir que tu te donnes les moyens de faire ce que toi tu veux, et non pas ce qu'on te pousse à faire en fonction d'où tu viens. :) N'ayant jamais vécu à la campagne, je ne savais pas qu'il en était ainsi pour les enfants d'agriculteurs... Et je trouve ça déplorable. Je ne vois absolument pas en quoi on serait limité sous prétexte d'avoir des parents qui n'ont pas fait d'études longues. Mes parents à moi n'ont simplement aucun diplôme, et ma mère ne parlait même pas français en arrivant en France, c'est dire à quel point on "partait avec un handicap". Et pourtant je fais médecine. Ma soeur est fleuriste, mon autre soeur est en L1 de droit, mon frère en L1 de bio. Et les petits derniers sont au lycée. Qu'est-ce que cela change ? Ce ne sont ni nos origines ni le métier de nos parents qui font de nous ce que nous sommes, il existe toute une myriade de personnalités différentes de personnes ayant la même vie que moi, rien qu'en prenant exemple sur ma fratrie qui n'a pas du tout eu les mêmes affinités que moi pour les matières de cours, pour les loisirs, et j'en passe.
      Moi je ne comprends pas cette manie de ne pas donner sa chance aux gens. De les pousser à faire quelque chose en disant que "c'est mieux pour eux" et en leur faisant ressentir le poids de leur différence d'avec les élèves lambdas considérés comme "normaux".

      Je veux dire, les profs ne regardent même plus qui on est VRAIMENT et se contentent de données papier qui ne font qu'indiquer d'où nous venons... et ils se permettent en plus de nous diriger vers "ce qu'il y a de mieux" pour nous ? ...

      Merci pour ton témoignage en tout cas, j'espère réellement que les choses changeront un de ces jours...

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