mardi 8 septembre 2015

Faible, folle, égoïste

Il y a quelques temps, j'avais craqué, je ne supportais plus l'ambiance familiale, j'ai pris mes distances et j'ai pu jouir d'un peu de tranquillité. De retour chez moi, j'ai, bien sûr, pensé que ma mère voudrait que je lui rende des comptes pour ma "disparition" soudaine, sans aucunes sortes de nouvelles. Je l'ai soigneusement évitée, je n'ai pas cherché à réintégrer la place qu'on m'a assigné au sein de cette famille, je voulais juste faire comme si je ne faisais que louer une chambre dans une maison quelconque, qui n'avait pas de rapport avec moi. Je ne faisais que passer. Et voici donc les résultats de ce comportement, résultats plutôt surprenants, je dois dire. 

photo : tumblr
Au bout de quelques temps à suivre le même schéma, tous les jours, me lever, partir, rentrer seulement pour dormir, et passer le weekend dans l'appart de mon copain, le tout en coupant les possibilités de communications avec la maison, ma mère a arrêté d'essayer de me confronter. Elle n'a plus du tout fait mention de mes absences à la maison, et elle n'a plus cherché à me joindre quand je n'étais pas rentrée. D'autant qu'elle n'a pas montré d'animosité à mon encontre et ne s'est pas, pour la millième fois, posée en victime de "mon comportement". Ce qui, de première vue, m'avait un peu désarmée, parce qu'alors qu'elle me venait me dire que mon père écourtait son séjour pour rentrer à la fin de la semaine, je m'étais préparer à lui sortir toujours et encore "laisse moi tranquille". 

Après, je n'ai pas spécialement envie de discuter avec elle des raisons de ce changement d'attitude. Est-ce que ça veut dire qu'elle a compris que j'en avais marre d'être autant surveillée, encadrée, entravée, alors que toute ma vie je n'ai jamais eu besoin de l'aide de personne pour remplir mes responsabilités voire même celles de mes parents ? Est-ce qu'elle a compris que cette situation, cumulée sur des années, me pesait au point de mettre en péril mes études, mon avenir ? Ou est-ce qu'elle n'a rien compris de tout ça et qu'elle s'est contentée de faire semblant que ça ne l'affectait plus parce qu'elle ne peut pas m'empêcher de l'éviter ? 

Elle est aussi venue me demander de parler avec mon père au téléphone, parce qu'il aurait demandé de mes nouvelles, mais j'ai refusé, parce que je crois que ce n'est pas le genre de mon père, qu'après les mots qu'il a eu pour moi juste avant son départ, je n'arriverai de toute façon pas à réavoir une conversation normale avec lui, et parce qu'elle m'avait déjà fait le coup de ce mensonge pour m'obliger à lui parler. 

Du coup, ces deux dernières semaines, j'ai encore plus que jamais l'impression de ne pas appartenir au beau petit monde de ma propre maison. Je ne parle à personne, je ne fais que passer. Et personne ne me parle, aussi. 

Je ne vais pas dire que je me sens beaucoup plus libérée comme ça, ça n'est pas le cas, c'est pesant et fatigant d'éviter comme la peste les crises familiales et les soucis de chacun. Je me sens mieux de ne plus voir toutes ces choses me retomber sur la gueule, qu'on m'accuse d'égoïsme parce que mon frère ne travaille pas à l'école, qu'on m'accuse d'égoïsme parce que ma soeur n'a pas fait de lettre de motivation pour avoir un job d'été, qu'on m'accuse d'égoïsme parce que personne n'a rempli les papiers de bourse de mon frère et ma soeur, bacheliers de justesse, ou que personne ne leur a montré comment faire l'inscription administrative à la fac... Je me sens mieux de ne plus être tout le temps mêlée à leurs problèmes comme si c'était les miens alors que j'ai déjà mes propres soucis à gérer toute seule, comme toujours. 

photo : tumblr
Mais même avec ce soulagement là, je continue de les détester. Pour m'avoir utilisée toutes ces années jusqu'à m'avoir usée complètement, jusqu'à que je décide de tous les "laisser tomber" et de ne m'occuper que de moi-même. Je continue de les détester parce que je peux pas m'empêcher de penser qu'ils me laissent tranquille seulement parce qu'ils pensent que je suis la fautive dans toute cette histoire, et qu'ils ne veulent de ce fait plus me parler, parce que je suis égoïste. Voire folle. Dans un des messages vocaux de ma mère, elle me disait que j'étais en train de devenir folle

Non, c'est laisser les choses comme elles étaient qui aurait fini par me rendre folle

Mon père, lui, m'a dit que je ratais mes examens parce que j'étais faible

Ma maison, présentement, c'est comme un énorme trou noir. Quand j'ouvre les yeux, le matin, je me sens neutre, mais dès lors que la maison se réveille, dans le bruit et les bavardages, comme toujours, j'ai l'impression que toute mon énergie se voit aspirer par le trou noir. Que si je ne me dépêche pas de prendre mes affaires et de partir vaquer à mes occupations à l'extérieur, je vais passer ma journée à moisir dans mon lit, confinée, ressassant sans cesses les conversations que j'ai eues avec mes géniteurs, qui me rabaissent, qui me remettent en question... C'est invivable. C'est invivable. Je ne peux plus vraiment appeler cet endroit "ma maison". Ca ne l'est pas, ça ne le sera jamais. 

En racontant tout ça, je me sens comme une boule de nerf prête à exploser. Et puis je fais une pause, je respire un grand coup, et les larmes me montent aux yeux. Je respire à nouveau et je les ravale. Bientôt, avec la rentrée, je serai occupée. Je me surprends tout le temps à dire à qui veut l'entendre "j'ai envie de ne rien faire, tout me saoule, j'ai hâte à la rentrée". Je comprends maintenant que je n'attends qu'une occasion de remplir ma tête de cours, comme une boulimique, afin forcer toutes ces mauvaises pensées, toutes ces frustrations, à occuper le plus petit espace possible. Regagner un peu de satisfaction à travers mes études, des révisions bien menées, des cours bien tenus... 

Bientôt mon père revient. Je ne sais pas comment je réagirai à son retour, si je ferai semblant ou si je ne m'en donnerai pas la peine. Ce qui est bien, c'est qu'il ne revient pas seul, puisque ma grand-mère maternelle vient passer quelques mois à la maison, comme elle l'avait fait quand j'étais au collège. Alors peut-être que ça m'adoucira un peu vis à vis de ma famille. Je l'espère, mais en même temps je n'ai pas envie de perdre la petite liberté que j'ai gagné au bout de deux longues semaines. 

Portez-vous bien,

Love always, 

7 commentaires:

  1. pffffffffiou que d'embrouilles et de questionnement dans cet article ! courage, c'est tout ce que je peux te dire ! ou alors , fais un vrai débrief avec tes parents, soit par lettre , soit en face, mais il faut faire qqchose, si ça reste comme ça toute ta vie tu vas attraper un ulcère ! :(

    Noé

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    1. J'avoue, c'est un peu la galère de me projeter et de voir comment je vais faire pour rétablir un peu le calme chez moi... Je penserai au coup de la lettre, merci pour l'idée Noémie, des bisous à toi <3

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  2. Oui, peut-être qu'avec l'arrivée de ta grand-mère, cela va améliorer les choses en peu... Sinon, tu ne pourrais pas déménager chez ton copain? Si ta situation financière te le permet bien sûr...

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    1. Non pas vraiment, il a juste un studio et je ne voudrais pas m'imposer...

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  3. Oui, cela a été toute une prise de conscience. C'était vraiment juste pour ma bonne conscience que je voulais être psy... J'ai été toujours très "casanière" dans mes choix de vie en général, et cela ne m'a jamais vraiment aidé. Il est temps de changer la donne et de faire ce qui me plaît, même si c'est risqué.

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