mardi 15 septembre 2015

Comment dire je t'aime

Ce n'est pas une notion qui s'est vue introduite dans mon enfance. Mes parents ne me disaient pas qu'ils m'aimaient. Peut-être qu'on se l'est dit quand on était petits avec mes frères et soeurs, mais ça n'est plus resorti depuis. Quand je pense à ça, au simple fait d'aimer ma famille, ça me fait un peu mal, parce que je n'ai jamais appris à l'exprimer. C'est toujours resté confiné en moi, avec la peur de dénaturer mon sentiment en cherchant à l'extraire des profondeurs de mon coeur. Non, il devait y rester. Parce que je n'ai aucun contrôle sur ce qu'il advient de lui une fois extériorisé. 

photo : we heart it
Plus jeune, j'étais envieuse. Parce que dans toutes ces séries, ces films, les parents disaient toujours si facilement à leurs enfants qu'ils les aimaient, et puis la situation inverse était tout aussi naturelle. De même entre frères et soeurs, de même entre amis. Pour ma part, outre le fait que je n'ai quasiment jamais réussi à le faire pour ma famille, je n'y arrive pas non plus avec mes amis les plus proches. Ma meilleure amie. Pour elle, par exemple, c'était normal de signer ses lettres par un simple "je t'aime". Ou de simplement me le dire à la fin de ses messages, écrits ou audios. Ces mots sonnent encore et toujours de manière étrange dans ma propre bouche. Comme s'ils ne m'appartenaient pas, comme si je ne faisais que les emprunter. Ils sonnent faux, ils sonnent forcés, ils sont des étrangers au milieu de mes phrases, des intrus. 

Pourtant, les sentiments sont là, je les sens. Ils sont présents au plus profond de moi-même. 

Ma mère m'a toujours reproché le fait d'être aussi distante avec elle. Elle me disait "des fois, j'ai vraiment l'impression que tu ne m'aimes pas du tout" ou alors "ça ne veut rien dire du tout, pour toi, que je sois ta mère" sur un ton de défi, comme si, en disant ça, elle s'attendait à ce que je lui prouve le contraire dans la minute. Mais je ne l'ai jamais fait. Je me contentais de répondre "mais oui, mais oui" ou bien "rholala, maman" en me dépêchant de passer mon chemin. 

Peut-être que ce sont les démonstrations d'affection qui m'effraient. J'ai du mal à les supporter, venant de ma famille ou venant de moi-même. Ce n'est pas ce à quoi je suis habituée. Je me sens parfois vraiment comme une étrangère dans ma propre famille. 

Ou peut-être que je ne supporte pas l'idée qu'on ne me croit pas. Parce qu'on est tellement habitué à ne pas m'entendre que j'ai l'impression que toute manifestation d'affection de ma part serait perçue comme... étrange. Fausse. 

Ou peut-être que c'est une espèce de fierté personnelle qui m'empêche d'essayer de gagner le coeur de mes proches. Liée à tout ce qui fait de moi l'OVNI de la famille, cette fille tellement réservée et tellement différente des autres. 

Ou peut-être un peu de tout ça.

Ce sont ces quelques mots qui font tellement de bien à tout le monde que je me refuse. Ma mère me fait toujours un câlin quand je m'en vais passer des examens, et la sensation que j'ai à ce moment là est vraiment particulière : je ressens la rareté de l'évènement, l'apaisement d'un manque, et puis l'étrangeté de ce contact que je n'avais plus eu depuis longtemps. 

Comment dit-on je t'aime ? Comment manifeste-t-on l'affection sans ressentir l'étrangeté de sa voix, de l'expression de ses sentiments ; sans en être rebuté ?

Plus je parle de mes petits soucis quotidiens sur ce blog, plus j'ai l'impression d'être... étrange. 

Portez vous bien, 

Love always, 

7 commentaires:

  1. Tu n'es pas un ovni, chez moi non plus on ne laisse pas la place aux effusions de sentiments. Je pense que ça se fera naturellement pour toi, ne te force pas...

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    1. Oui, je vais éviter de me forcer, je ne crois pas que ça me ferait du bien...

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  2. Tu es loin d'être étrange... Ou alors, je le suis plus que toi ^^

    Mes parents ont grandi dans l'absence de sentiments. Alors forcément, ils m'ont retranscris leur éducation... Je n'ai jamais eu de paroles douces de mes parents (je t'aime, je t'adore) ni aucune marque d'affection physique (à part le baiser du matin et du soir, ils ne m'ont jamais pris dans leur bras, ou me caresser leur dos pour me réconforter). J'ai longtemps mal vécu cette pudeur installée entre nous sans jamais leur en vouloir car ils ont été éduqués ainsi... Ça a eu des répercussions sur ma personne. Prendre la main de mon homme devant les gens, impossible. L'embrasser devant les gens, impossible. Mais dans l'intimité, je n'ai aucune difficulté à lui exprimer mon amour de vive voix ou par les gestes.

    Cette pudeur m'a également empêché de dire à mon Papa, à l'époque où il se souvenait encore de moi, que je l'aimais. Même après, me sachant étrangère à ses yeux, les mots et les gestes ne sont jamais apparus... Idem en amitié, je n'arrive pas à dire à ma Best que je l'adore, même via un SMS...

    C'est triste quelque part car c'est marques d'affection font beaucoup de bien. Me feraient beaucoup de bien, tant en les donnant qu'en les recevant. Et rien que d'imaginer que ma Best ou un autre proche me prenne dans ses bras, ça me met extrêmement mal à l'aise. Or, ça devrait être si normal...

    Joli article ;)

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    1. Je me reconnais aussi dans ce que tu racontes : les contacts physiques avec mes amis me mettent aussi mal à l'aise, et puis les effusions d'affection en public... sans commentaire, impossible pour moi de supporter un contact rapproché même s'il n'y a personne dans la rue. Et puis je n'y ai pas pensé, mais avec ma fratrie aussi, rien que le fait de leur faire la bise des fois me met mal à l'aise, comme si c'était déjà trop...
      Merci pour ton commentaire Ingrid :)

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  3. Je fais partie de ces gens qui préfèrent monter que je tiens à quelqu'un par des gestes et des petites attentions. Mais c'est vrai que c'est toujours très agréable d'entendre des petits mots d'amour, ça met de bonne humeur pour la journée.

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    1. Je présume que les gens fonctionnent tous différemment ; j'ai du mal à savoir vraiment si les contacts me feraient davantage de bien, je sais que je trouve ça bizarre mais je n'arrive pas à m'y essayer. Peut-être que je ne m'y ferai jamais.

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  4. Tu n'as pas à te sentir bizarre ma belle !
    Perso, je suis aussi incapable de dire je t'aime. Ou quand je le dis à ma mère par exemple (ce qui est trèèèèèèès rare), je me sens bizarre.

    Enfin bref ;)
    A bientôt !

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