samedi 29 août 2015

La fille fantôme

Depuis la crise de l'autre jour, j'éprouve beaucoup de mal à rester chez moi, ou plutôt à devoir supporter la compagnie familiale. J'ai passé les jours suivants ladite crise à m'évader de chez moi l'espace de la journée, simplement parce que j'avais l'esprit plus tranquille quand je n'étais pas exposée au bruit devenu insupportable de ma famille. Je suis une fille du silence, une fille appréciant le calme et la sérénité, les activités posées. Je ne suis pas faite pour les crises. 

photo : tumblr
 Les crises me font apparaître des cheveux blancs. J'ai l'impression de les collectionner dernièrement. C'est dire à quel point je ne supporte plus l'ambiance familiale.

Physiquement je ne suis pas en forme. Mentalement non plus. Ca me fatigue, ça me donne des bouffées de chaleur, des maux de tête et des maux à l'âme. Je n'ai plus l'esprit tranquille depuis quelques années, je ne profite pas comme il faudrait de mes années d'études supérieures, ça n'a pas le goût que ça devrait avoir, tout ça à cause de ce qu'il se trame chez moi. 

En fait, je n'ai adressé la parole à personne de ma famille depuis la fameuse crise. Mon père est parti, comme prévu, pour trois semaines, ma mère n'a pas arrêté d'essayer de me mettre sur le dos les événements d'il y a quelques jours – comme quoi c'est moi qui devrais apprendre à me contrôler, oui, vous avez bien lu – et je n'ai fait que l'ignorer, ignorer ses appels, ignorer ses messages, où elle ne fait que me demander de rentrer car il se fait tard – rentrez où ? dans ce putain de magma qui me bouffe ? 

Aujourd'hui, comme à mon habitude, je me suis levée, préparée, et j'ai rejoins l'appart que G. m'a laissé pour ne pas avoir à m'emmerder chez moi. Et puis ensuite j'ai commencé à recevoir des messages d'une autre de mes soeurs : une autre crise à la maison. Ah bon ? J'croyais que c'était moi qui devais apprendre à me contrôler ? 

Je l'ai ignorée. Ce soir je ne compte pas rentrer dormir. J'ai pas besoin de ça. J'ai fait ma part pour essayer de redresser cette famille, mais l'élément perturbateur – AKA la fameuse soeur qui fout la merde – est un cas sans espoir. Et je ne suis pas prête de pardonner à qui que ce soit d'avoir laisser faire. Personne ne m'a jamais écoutée, j'ai eu beau donner tous les conseils du MONDE pour aider ma fratrie à l'école, aider mes parents à faire la paperasse, aider à instaurer une bonne hygiène de vie de famille, aider à redresser l'élément perturbateur, mais ça n'a rien donné, et si je m'avise à lancer innocemment un "mais je t'avais dit de faire ça" on me regarde comme si je n'avais jamais bougé mon cul pour quoi que ce soit. Et que c'est moi qui ait laissé faire tout ça. 

J'suis pas leur putain de mère. Bordel. 

Passer ça à l'écrit, ça me fait ressentir des millions de choses contradictoires. De la peine, de la colère, de la résignation, du désespoir, et d'autres choses que je ne suis même pas sûre de pouvoir nommer correctement. 

photo : tumblr

J'ai juste envie qu'on me fiche la paix, quitte à ce qu'on me déteste injustement pour avoir "laissé faire ça". J'ai envie de les laisser se démerder pendant ces trois semaines, sans moi. Je ne peux pas me permettre un appart, je ne peux pas me permettre de vivre à mes propres dépens, mais je ne peux pas non plus me permettre de commencer cette nouvelle année CATASTROPHÉE à l'idée de ne pas réussir à redresser ma propre famille. Y a rien à redresser. Tout est crevé parterre. J'vais juste devoir trainer les pieds dans la vase l'espace de quelques années encore, en tentant tant bien que mal de ne pas regarder ce qui y flotte qui puisse me faire pitié, le temps de pouvoir enfin dire adieu à tout ça. 

Parce que si je pars, je ne reviens pas. C'est la loi de la maison, la loi de mon père, et j'crois bien que pour une fois, c'est une de ses lois que je me verrais bien appliquer, pour mon propre bien. 

J'ai l'air inhumaine, peut-être, à écrire tout ça. J'suis encore en colère, encore frustrée, dégoûtée, et que sais-je, encore. J'ai commencé à comprendre la raison pour laquelle mes notes ont chuté au lycée, la raison pour laquelle j'étais aussi mal dans ma peau à cette période là, la raison pour laquelle mes débuts à l'université se sont si mal passés. Y a un truc en train de pourrir au sein même de ma famille qu'il est impossible d'extraire tant il est incrusté. Personne n'a envie de le voir, j'étais la seule à essayer de le faire bouger, mais toute seule, j'y suis pas arrivée, mettant en péril ma propre santé mentale ainsi que mon avenir. Mon avenir, le mien, pas celui de ma famille. Cette chose que j'ai tant envie d'avoir, de vivre, là, maintenant, et dont j'ai presque ruiné les chances d'arriver. 

Qu'est-ce que je peux bien faire d'autre, hein ? J'suis à court de moyens. Alors tant que je suis obligée de vivre chez mes parents, je vais me forcer à les éviter, de toutes mes forces. J'ai plus que quelques années à souffrir, pendant lesquelles je me dois de rester à distance pour pas que ça m'explose à la gueule, encore. J'vais être égoïste. La plus égoïste du monde. J'vais être inconfortable, aussi, parce qu'il faudra que je me trouve un endroit où travailler – et je sais à quel point je n'aime pas travailler dans un endroit rempli d'étudiants –, que j'vais devoir continuer les jobs étudiants, que j'vais devoir me faire voir en tant qu'enfant indigne, ingrat, et j'en passe, mais je vais prendre sur moi et valider ces putains d'années qu'il reste. Et partir. Et vivre. Enfin. 

Alors me voilà partie pour trois semaines fantôme. Je ne serai plus qu'un fantôme pour ma famille. Découcher un soir sur deux ou plus, ne faire que passer, ne pas du tout passer dans les pièces principales de la maison, seulement ma chambre et les pièces utilitaires, et c'est tout. En attendant la rentrée, pour m'y préparer et me protéger. C'est ma colère qui va me donner la force de faire ça. 

Désolée pour l'article vraiment pas joyeux, pas positif du tout, je suis une cuve remplie à ras-bord de douleurs. Portez vous bien tout de même, 

Love always, 


2 commentaires:

  1. Coucou ma belle,
    Ton article me touche énormément encore une fois. Tu n'es pas du tout quelqu'un d'égoïste, au contraire, sinon toutes ces choses ne te feraient pas autant souffrir.
    Bon courage.
    Je suis toujours là pour t'écouter si tu as besoin.
    <3

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    1. Merci pour ton petit mot rassurant et pour ta présence, je te fais plein de bisous <3

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