mercredi 5 août 2015

Avant d'être hyperconnectés

Du temps où les smartphones n'existaient pas encore, où internet était lent, où les forfaits avec l'option sms illimités coûtaient un bras et où Facebook même n'existait pas... De ce temps là, la communication avec ses amis était totalement différente. Il était encore commun que des foyers n'aient pas d'ordinateur à la maison, qu'on doive faire ses recherches pour ses devoirs à la médiathèque du quartier qui ne disposait que de deux postes qu'on ne pouvait réserver que pour une heure ou deux ou bien dans la salle info de l'école. On ne disposait pas de toutes les distractions actuelles sur son bureau, la vie, elle se passait à l'extérieur, et l'amitié aussi. 

photo : we heart it // tumblr
Quand on est jeunes et qu'on développe une amitié avec une personne qu'on apprécie beaucoup, il arrive toujours qu'on n'arrive pas à trouver les mots pour lui parler de telle ou telle chose qui nous préoccupe. Une espèce de timidité IRL qui nous empêche un peu d'approfondir ses relations, parce qu'en ce temps là, on ne pouvait se parler qu'en face, en direct, et non pas en différé, avec du recul. Il n'y avait pas beaucoup d'alternatives, alors on en a trouvé une, parce qu'on ne voulait pas que cette timidité nous réduise à une amitié superficielle. 

Je ne sais plus très bien comment ça a commencé, c'était peut-être moi qui l'avais initié, peut-être dans le but de parler de quelque chose que je trouvais être plutôt sensible, tellement que je n'aurais pas pu lui en parler autrement. Mais j'ai pris une feuille, un stylo, et j'ai tout écrit avant de mettre sous pli et de lui donner l'enveloppe en mains propres, juste avant de se quitter après les cours, en lui demandant d'y répondre pour le lendemain. 

C'est comme ça qu'a commencé notre échange de lettres, et peut-être aussi en même temps, une nouvelle phase de notre amitié. Puisque maintenant, on pouvait réellement tout se dire. 

En y repensant, je me dis que si on n'avait pas fait ça, peut-être que notre amitié n'aurait pas survécu à toutes ces choses qui l'ont si sévèrement ébranlée. Une fois, on ne s'est pas adressé la parole pendant plus d'une semaine. On s'évitait, on ne pouvait même plus se regarder dans les yeux. Et elle a brisé la glace en me laissant une lettre sur mon bureau en classe juste avant la fin des cours. Une lettre tellement longue et douloureuse, me demandant de venir chez elle régler cette dispute majeure de notre histoire. 

Une fois dans sa chambre, on n'a quasiment rien dit. C'est bizarre, mais à chaque fois qu'on se disputait, la réconciliation se faisait toujours à travers de longs silences suivis d'un retour à la normale progressif. Cette fois là, le silence n'était rompu que par les visites de sa mère qui était également touchée par notre dispute et qui souhaitait qu'on se reparle, parce que depuis une semaine, rien n'allait plus, ni pour elle, ni pour moi. 

Tout avait sa place sur ces lettres. La jalousie, l'amour, l'amitié, la haine, la tristesse, la joie, tous ces sentiments y étaient exprimés librement, agrémentés de couleurs, de dessins, de collage, et j'en passe. 

Ces lettres, ses lettres, je les garde précieusement dans un porte vues que je ne feuillette pas, simplement parce que, pour les lire, il me faudrait également mes lettres qui sont, elles, en sa possession. D'ailleurs, le jour viendra où on les relira ensemble. On les considère comme le ciment de notre relation.

Amani, le 23 janvier 2010 - 14h26
En train d'écouter : Anathema - Angelica

« J'avais trop envie de t'écrire parce que bon, je veux que tu puisses avoir une lettre de plus dans ton classeur ainsi que de mes nouvelles. MSN c'est la grosse galère niveau "j't'informe de ma vie", y a toujours quelque chose à faire et le temps passe si vite qu'on a à peine le temps de se parler ! Nique la technologie et vive les choses traditionnelles, ça m'fait vraiment bien chier l'ordi, y a toujours des problèmes, et sur MSN c'est pire. 

Tu peux pas savoir comme j'me sens seule dans ce bled pourri.

Quand je rentre chez moi le soir, y a personne qui m'accompagne parce que personne n'habite le même coin, j'en ai pour 15 min à pieds et ça me saoule. Mais d'un autre côté, ça me conforte dans ma solitude, et en étant seule dans la rue, j'me sens comme libre au milieu des gens de la rue, les enfants qui courent, les mendiants qui appellent à l'aide, les mamans qui hurlent sur leurs enfants, les messieurs qui se disputent pour une place de voiture et les vieillards qui te bousculent sans dire pardon. Sans oublier les groupes de jeunes qui te regardent bizarrement simplement parce que tu ne leur ressemble pas. 

Ma vie quotidienne se résume à ça ici, ma seule amie étant ma solitude. Mais je l'aime bien, cette amie là, elle me fait mûrir plus vite, penser différemment, faire de meilleurs choix et elle me fait penser le plus possible à toi.  

Si je ne pense pas à toi, je parle de toi, à mes "amis". 

Des fois je me dis que notre séparation ne s'est peut-être pas faite pour rien, qu'il doit y avoir quelque chose derrière tout ça. J'aimerais bien savoir quoi. 

Je me sens de plus en plus attachée à toi, mais sur MSN, alors que ça fait une éternité qu'on s'est pas parlées, on a rien à se dire. Parfois je pense que c'est de ma faute, que je dois sûrement te saouler avec mes "Salut, ça va ?" mais après je me dis que non, le problème c'est pas moi, c'est le temps qui passe. Pourtant on en a vraiment besoin de garder ce contact.

J'ai envie de retourner en arrière, rien que pour revivre ces moments assises sur mon lit à se dire tout et n'importe quoi ; toutes ces images restent gravées dans ma mémoire, j'ai tellement besoin de toi, putain. Qu'est-ce qu'on deviendrait maintenant, l'une sans l'autre ? S'il devait t'arriver quelque chose – voilà l'orage qui s'annonce sur un ciel sombre – je mourrais à petit feu. 

Tu sais, je me souviens même de nos disputes qui me font vraiment sourire parce qu'elles étaient tellement connes ! Surtout en 3e, tu sais, quand tout a changé entre nous parce qu'on sentait vraiment la fin approcher. Cette tension, elle s'exprimait sous forme de disputes ; toutes ces lettres où on s'est écrit des horreurs mais dans lesquelles on se remettait à chaque fois en question... 

J'ai encore les vidéos qu'a filmé mon père, à chaque fois que je les regarde, j'en pleure, on était tellement innocentes avec nos peluches, putain. 

Ecoute cette chanson, elle me fait trop penser à toi : A walk to remember – You»

Moi aussi, ce sont des souvenirs que je chéris dans mon coeur et que je garde précieusement à l'abris. 

Love always, 

4 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé ce texte, j'en aurais presque une petite larme à l'oeil ! C'est une très belle relation que tu as avec ton amie. J'aurais bien aimé avoir une telle relation. J'ai aussi une très bonne amie mais il y a toujours une partie de moi que je n'arrive pas à dévoiler...
    Garde ton "classeur à lettres" bien précieusement <3.

    (et You des Switchfoot <3 <3. J'aime tellement cette chanson !).

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  2. Oh je sais pas si tu as vu mais ton article est en sélection humeurs sur HC ! Félicitations !!

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    1. Ah oui j'ai vu ! Merci ! Ca n'arrive pas souvent alors c'est chouette ^^

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