dimanche 17 mai 2015

L'amitié au delà des frontières /1

Avec Amani, ça fait depuis le CP qu'on se connait, soit 15 ans. Marque une pause. 15 ans, putain. ça nous rajeunit pas, ça c'est sûr. On s'est donc rencontrées toutes les deux en CP, et on était aussi proches que deux gamines de CP pouvaient l'être. Puis elle a changé d'école et on ne s'est retrouvées qu'à partir du collège par un énorme concours de circonstances (c'est-à-dire qu'on n'aurait pu ne pas se retrouver). 

photo : © Safianechka

En 6e je faisais ma rentrée au collège, où je tombais dans une classe de parfaits inconnus puisque le collège recueillait les élèves des différentes écoles primaires du quartier (trois ou quatre écoles) et puis quelques jours après la rentrée, une fille s'est vue transférée dans notre classe pour cause de changement d'options de langues (ma classe était l'une des seules où l'emploi du temps était aménagé pour faire à la fois anglais et allemand). Ca a créé une sorte d'effervescence dans la classe, puisque personne ne connaissait cette fille et que ça faisait l'effet d'une nouvelle élève. 

Je n'étais pas très proche avec les autres filles de ma classe, j'étais plutôt solitaire, habitude gardée suite à mes mésaventures de l'école primaire. Jusqu'à cette fameuse journée où une partie de la classe s'était regroupée autour d'Amani et semblait en train de regarder quelque chose d'intéressant. Je me suis approchée. 

« T'as vu, je t'ai reconnue tout de suite, alors j'ai apporté ça pour te la montrer ! T'étais trop mignonne !
– Ah ouais, c'est vrai, je l'ai aussi... je pensais pas qu'on se connaissait ! »

Dans les mains d'Amani, une photo de classe de CP dans laquelle j'apparaissais aussi. 

« Oh ! Mais c'est moi !
– T'es sérieuse ? Ah oui je me souviens de toi maintenant, Safia ! C'est trop drôle ! »

photo : © Safianechka

A partir de ce jour, on s'est mises à discuter des raisons pour lesquelles elle avait quitté l'école (simple question de proximité) et du devenir de certaines autres filles de la classe. Et puis on ne s'est plus du tout lâchées, et c'est bien la seule fille avec qui j'ai toujours été aussi proche. Tout le temps fourrées ensemble, à faire les 400 coups et à jouer de notre statut de "bonnes élèves" vis à vis des professeurs qui ne se doutaient de rien... 

Beaucoup de nos aventures, dont je ne me souvenais même plus, ont été soigneusement consignées dans mon journal intime de l'époque, qui a bien fait son temps. Ainsi que les moments infiniment plus douloureux, comme son départ, à l'issue du Brevet, pour aller vivre définitivement au Maroc. 

A toutes les deux, ça nous semblait être la fin du monde. On avait passé tellement de temps à rêver de nos années lycée ensemble, à rêver de l'université, de nos sorties, de nos vies tumultueuses une fois majeures, à l'image des séries télé qu'on passait notre temps à regarder et à commenter ensemble... A l'image aussi des nombreuses Histoires qu'on adorait écrire où on se mettait en scène avec 5 à 10 ans de plus, en imaginant notre futur ensemble... Meilleures amies pour la vie. 

Et puis autour de ça, autour de notre petite bulle d'amitié fusionnelle, il y avait les autres. Les parents, en premier lieu, qui nous raisonnaient à coup de "tu l'auras oubliée dans deux mois", "tu vas rencontrer d'autres filles, tu n'y penseras plus", "inutile d'en faire tout un plat, c'est la vie, c'est comme ça", ainsi que les autres camarades de classe et amis qui ne comprenaient pas nos chagrins, notamment le jour du bal de fin d'année de 3e. 

Ca a été dur de garder contact suite à son départ. Des soucis de communication, principalement. Un certain temps d'adaptation. Et puis de nombreuses lettres, puis MSN, puis Skype, puis Facebook, puis WhatsApp... Sans oublier les visites en France ou au Maroc, toujours des moments formidables, inoubliables !

© capture d'écran : époque lycée, 2009 (qqpart dans ces eaux là...)

© captures d'écran : aujourd'hui sur what's app, en 2015

Ca fait 15 ans qu'on se connait. 10 ans qu'on se connait vraiment. 6 ans qu'on entretient cette formidable amitié malgré les kilomètres qui nous séparent. 

Une amitié aussi forte que celle-ci, c'est vraiment un cadeau rare. On continue de s'écrire, de s'appeler, de s'envoyer des messages vocaux, d'essayer de se voir autant que possible et de tout, absolument tout, partager

J'avais envie d'écrire quelque chose en mémoire de toute cette fabuleuse histoire. Parfois, je me dis que toute cette histoire a quelque chose de vraiment magique. Toutes les deux, on a gardé notre âme d'enfant, cette âme rêveuse et profondément romantique qui nous redonne le sourire, même dans les pires moments. 

Je souhaite à tout le monde de connaitre ce genre d'amitié fusionnelle, tellement forte qu'elle a su résister aux aléas du temps et de la distance. 




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