jeudi 12 février 2015

J'étais harcelée à l'école (troisième partie)

Pour lire la première partie c'est par ici, et la deuxième partie c'est par .

Le retournement de situation

La période qui a suivi mon harcèlement quotidien est assez floue. Ce que je me souviens, c'est qu'un jour, mes autres ex-amies nous ont surprises, Samantha et moi, en train de jouer ensemble, alors que c'était formellement interdit par la blondinette. 

"Samantha ? Qu'est-ce que tu fais ?"

"Ben, ça se voit pas ?"

"Tu lui reparles ?"

"Oui, et je m'en fiche de ce que vous pensez."

"..."



On jouait à l'élastique, il me semble... Comme il fallait être trois au minimum, on avait empilé des échasses pour pouvoir remplacer la troisième personne nécessaire. En fait, moi, à ce moment là, j'étais complètement paniquée intérieurement. Je scrutais le visage du porte parole de mon ex-groupe d'ami pour essayer de voir sa réaction... Elles sont restées à nous regarder jouer un petit moment. Samantha faisait comme si de rien n'était et continuait de sautiller sur l'élastique. Moi j'étais complètement figée. 

Au bout d'une ou deux minutes, la conversation fut relancée. 

"T'as raison Samantha, on n'avait pas besoin de ne plus lui parler. La blondinette est méchante" puis, se tournant vers moi "On peut aussi jouer avec toi, Safia ? Tu nous pardonnes ?"

J'ai dit oui sans plus de cérémonie, j'étais heureuse, un peu euphorique, comme si j'avais pris une grosse bouffée d'oxygène d'un coup. 

La blondinette n'était pas très loin, j'imagine, et elle était arrivée comme une trombe en se rendant compte de ce qu'il était en train de se passer. 

"Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi vous jouez avec cette nulle ?"

"Tu ferais mieux de partir, on a décidé de reparler à Safia parce qu'elle est gentille, pas comme toi !"

Comme par magie, j'étais passée du stade de souffre douleur de la classe à celui de nouvelle bonne copine. 

"Y a pas d'amis, y a l'école, ta soeur, la maison et les devoirs"

Avec la fin de toute cette histoire, mes parents avaient fini par avoir vent de toute l'affaire. Le maître qu'on avait à cette époque était assez... comment dire. Out. Pas du tout sensible à ce qu'il se passait dans sa classe (on le raillait souvent sans qu'il s'en rende compte...), un peu dans sa bulle. Mais il avait remarqué, je crois, qu'il se passait quelque chose. Peut-être peu après l'épisode de la fausse accusation à mon encontre. En fait, peu après cette histoire, j'avais eu, je crois, une altercation avec la blondinette pendant la cours de récréation. Vous savez, elle voulait qu'on se batte, toussa... Altercation au cours de laquelle le maître était intervenu, suite à quoi il a fait son rapport aux parents. 

Mes parents ont très mal réagit. Ils m'ont interdit d'adresser la parole à ces personnes qui me malmenaient (je n'ai accusé personne, mis à part la blondinette qui m'avait tapée et dont les professeurs étaient témoins), de ne plus chercher à me faire d'amis (lol) et de me contenter de suivre le schéma simple : aller à l'école, rentrer à la maison, ne parler à personne sauf à ma grande soeur pendant la récréation et sur le chemin de l'école (grande soeur qui avait fini par prendre pitié de moi toute seule dans la cours et qui m'avait généreusement proposé de me joindre à elle et ses copines, ce que je fis un temps avant de lui demander de ne plus chercher à m'aider). 

Bref, à l'époque, mes parents étaient très remontés et surtout très strictes. Ils voulaient m'enseigner que je ne devais faire confiance qu'à moi-même, que les gens étaient souvent mal intentionnés, tout ça... 

Quand je raconte cette partie de mon histoire aux gens, ils font généralement les gros yeux, parce qu'en clair, mes parents m'interdisaient d'avoir des amis. Mais j'étais une enfant tellement space, tellement naïve, tellement... on peut pas reprocher à mes parents de n'avoir trouvé que ce moyen là pour me protéger de la cruauté de sales mioches pourris gâtés. 

Je ne voulais pas être méchante

Avec l'épisode de l'élastique, toute la situation s'est retrouvée inversée. J'étais plus considérée que jamais, Samantha et moi étions un peu les piliers centraux de notre groupe d'amies, et je n'avais plus eu à essayer de me rendre intéressante pour qu'on me remarque. 

Mais la blondinette s'était retrouvée ignorée de tous, souvent traitée de méchante, et ma mère s'était empressée d'aller sermonner sa mère au sujet de la bagarre qui avait eu lieu entre nous. 

Les activités de l'école, un après-midi par semaine, s'effectuaient par roulement trimestriel, ce qui signifiait que je n'allais pas tarder à changer d'activité et de camarades. Je m'étais retrouvée dans le même groupe que la blondinette. 

Je pense que malgré toutes ses moqueries et toutes ses méchancetés, je n'avais jamais vraiment détesté la blondinette. Je la voyais repliée sur elle-même, seule, triste, et je n'en tirais strictement aucun plaisir. J'étais même peinée pour elle. Parce qu'elle avait été une amie pour moi il n'y avait pas si longtemps que ça, et qu'elle se retrouvait dans la même situation que moi à peu de choses près (elle ne se faisait pas harceler comme je l'ai été, loin de là). 

Bref, j'étais allée la voir et je lui ai demandé d'être copine avec moi. 

"Tu dis rien à ta maman, je dis rien à ma maman, ça reste entre nous, c'est notre secret."

Je ne voulais pas être méchante. Et elle accueillit ma proposition avec joie. Je pense que notre amitié a duré jusque la fin de l'année... ensuite nos chemins se sont séparés l'espace d'une année entière et on ne s'est plus vues que comme des connaissances au collège. 

D'ailleurs, au collège, je n'étais plus la même. Je prenais confiance en moi, j'étais plus affirmée, grandie de mon expérience de primaire, et je trouvais mon compte dans mon statut de collégienne... ça n'a pas empêché quelques erreurs sur mon chemin... mais ça c'est une autre histoire. 

C'est la fin de ce throwback thursday sur le harcèlement dont j'étais la cible en primaire... D'autres mésaventures seront évoquées les semaines à venir. 

xoxo

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