lundi 23 février 2015

Acquittée, « Je l’ai tué pour ne pas mourir »

Sans doute Alexandra est-elle restée au début par amour. Il y a eu les promesses, également. Puis les coups, les insultes, les humiliations, les viols, les strangulations, la peur. C'est cette peur qui l'empêche de partir. Peur de se retrouver à la rue avec ses enfants, peur des représailles sur ses proches, peur des menaces de son mari : "Si tu fais ça, je te tuerai." Le soir du drame, Alexandra lui annonce qu'elle va partir. L'ultime tentative d'étranglement la terrifie au point qu'elle commet le geste fatal. En reconnaissant ici la légitime défense, la justice française a braqué les projecteurs sur les victimes de violences conjugales. Un témoignage adressé à nous tous, un appel à l'aide pour ces femmes en danger.
Alexandra Lange, mère de quatre enfants, a été la première femme acquittée du meurtre de son mari par la cour d'assises de Douai le 23 mars 2012.


J'ai terminé la lecture de ce livre hier soir. Et, à dire vrai, j'en ai fait des cauchemars toute la nuit, ayant eu la merveilleuse idée d'enchaîner la lecture avec le visionnage du film "L'emprise" (que j'ai réussi à retrouver, non sans peine, en streaming sur le net...). 

Bref, revenons sur le bouquin en question. Il a été écrit par Alexandra, celle qui a vécu tous les drames, toutes les horreurs. Alors, bien sûr, ça n'a pas une prétention littéraire. Le but, c'est de raconter son histoire. De partager son point de vue de femme battue, humiliée... Parce qu'au départ, elle n'était perçue autrement que comme une meurtrière. Dans le film, c'est d'ailleurs bien montré :

« On est là pour juger une accusée, la victime c'était son mari à ce que je sache, disait l'avocat général. »

Son mari a été pris à parti, et elle avait bien peur qu'il en soit de même dans le jury qui allait prononcer le verdict. Mais, au cours du procès, au cours de son avancement dans la narration de son histoire tragique, les gens ont commencé à comprendre. Ils ont commencé à voir qu'une emprise telle que celle de son mari sur elle, n'était pas quelque chose de simple. Ce n'était pas facile de se dire "Il me bat, je le quitte". Ce n'était pas facile de s'en sortir. 

On se rend compte de l'étendue du pouvoir de son mari. Il était omniprésent sur elle, il avait absolument tous les droits sur elles. Elle n'avait pas son mot à dire, elle perdait ses amis les uns après les autres, et même sa famille était tenue à l'écart d'elle. Il fallait faire des pieds et des mains pour rester en contact avec elle. Son monde s'écroulait, elle n'avait plus que son mari et sa violence quotidienne, violence à laquelle elle aurait presque fini par s'habituer... Une violence quotidienne. 

C'est l'histoire d'une manipulation, d'une prise de contrôle totale sur la vie d'une jeune fille un peu naïve, qui avait envie de vivre une grande histoire d'amour. 
C'est triste à dire, mais au final, elle n'aura rien connu d'autre que la terreur dans l'histoire, ses souvenirs heureux ont été pratiquement effacés de sa mémoire, les uns après les autres. 

C'est un témoignage poignant, illustrant le fait que non, ces femmes là n'ont pas d'échappatoire et sont bien trop souvent pas prises au sérieux par les autorités compétentes. Elles perdent tout espoir d'être protégées, perdent tout contact avec l'extérieur, la réalité, elles sont réduite à une existence niée, dénigrée, invisible, bafouée. Elles ne respirent plus vraiment dans la peur que la fureur de leur mari s'abatte sur elles pour un oui ou pour un non. 

Et puis il y a leurs enfants. Ces petits trésors innocents qui subissent, eux aussi, qui voient la terreur dans les yeux de leur mère, qui en font eux-même l'expérience malgré leur jeune âge... C'est un coup en plus porté au visage d'Alexandra. Porté à son coeur, à sa dignité, à sa personne. 

Et puis un jour, un jour des plus noirs, un jour qu'elle a bien cru pouvoir être son dernier... elle s'est accrochée au premier objet à sa portée alors qu'elle était littéralement étranglée par celui qui partageait sa vie. Et il s'est écroulé. Et elle s'est écroulée.

C'est un livre qui se lit très facilement et qui ne fait pas plus de 300 pages. On entre le terrible univers qui fut le sien pendant de si nombreuses années. On en est dégoûté, on l'observe tenter tout ce qu'elle peut et perdre espoir. On l'observe se débattre jusqu'à son dernier souffle au cours de son procès. 

Mais son histoire n'est pas terminée. Elle doit maintenant se reconstruire et reconstruire sa famille. On sent que l'espoir revient en constatant que son calvaire était maintenant derrière elle. On sent qu'elle va tout faire pour avoir un avenir meilleur et offrir tout ce qu'elle pourra à ses enfants. 

★★★☆☆

1 commentaire:

  1. Mon dieu c'est vrai, ça fait longtemps! Moi aussi je t'avais perdue de vu. Pour ce qui est du stress, j'essais du mieux que je peux pour gérer tout ça... Je songeais à aller voir un psy, pour m'aider à trouver LE truc qui me fasse contrôler tout ce stress que j'accumule depuis des mois...
    Merci pour ce gentil mot c:

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