dimanche 25 janvier 2015

Doit-on se montrer reconnaissant envers ses parents ?

La question s'était posée sur twitter à un moment de la soirée. Et ayant besoin de plus de 140 caractères afin de faire entendre ma position sur la question, je publie tout ça ici. 

Se doit-on d'être/de se montrer reconnaissant envers ses parents ? 

1. Pourquoi la question se pose-t-elle ?
La société a vu évoluer la place de l'enfant en son sein et au sein de la famille. De plus en plus de questions se posent sur la place de l'enfant, notamment entre ses deux extrêmes qui sont l'enfant maltraité et l'enfant roi. De ce fait, de plus en plus de questions se posent également sur la qualité de parent : son rôle, son devoir, ses fautes... Le parent a beaucoup été remis en question et beaucoup été jugé sur sa qualité (bon parent / mauvais parent) en comparaison à des standards qui s'établissent plus ou moins dans la société concernant ce que doit être la vie familiale et la relation parent-enfant. 
Avec tout ça, il est évidemment facile de se perdre dans l'éducation de ses enfants et dans la place que prend celui-ci au sein de la famille. Par ailleurs, la famille en elle-même n'est plus vraiment standardisée à l'heure actuelle, il y a une myriade de types de familles, de conditions familiales, qui font que les places occupées par chaque individu dans une même familles ne sont plus vraiment définies. Il devient donc compliqué de "parenter" correctement ou de se développer correctement en famille. 

2. Qu'est-ce que ça veut dire "être reconnaissant" ?
La reconnaissance est un sentiment éprouvé. On se sent reconnaissant quand on reconnait quelque chose, un bienfait qui nous est offert. C'est un sentiment de bonne conscience, en quelque sorte. Ca se différencie donc d'un sentiment de redevance, où on reconnait devoir (tel une dette) quelque chose à quelqu'un. La reconnaissance est donc davantage un état qu'un devoir envers quelqu'un. Mais elle peut induire la redevance parfois, donc un devoir. 
La reconnaissance peut aussi se définir par le fait de ne pas se montrer ingrat, méchant, négligeant... Montrer du respect, ça peut donc être une première forme de reconnaissance. Montrer de l'amour, une seconde...

3. Un devoir de reconnaissance, donc ?
A tout ceux et celles qui ont un jour prononcé les phrases suivantes : 
  • "Je ne te dois rien, je n'ai pas demandé à naître."
  • "Tu me dois tout, je t'ai mis au monde."
Vous avez tort.


Je m'adresserai d'abord aux enfants :
Dire quelque chose comme "Je n'ai pas demandé à naître" à ses parents, c'est cruel. Personne n'a demandé à naître. Les parents ont un devoir quand ils décident d'avoir des enfants, c'est de subvenir aux besoins de ceux-ci et de les éduquer. Les enfants aussi ont des devoirs envers leurs parents. Notamment celui de reconnaissance. Non pas que tu dois reconnaitre que tu dois tout à tes parents qui t'ont donné la vie, c'est absurde. Mais tu dois reconnaître que ces personnes là sont tes parents et qu'ils sont là pour remplir leurs devoirs envers toi. Tu ne peux pas leur dire d'assumer leurs choix comme tu ne peux aucunement pas leur reprocher de t'avoir donné naissance. Ce n'est pas une faute que de concevoir, et ce serait complètement idiot que de le penser, puisque la procréation fait partie de la condition humaine. Sinon tu pourrais tout aussi bien aller voir ta grand-mère et lui demander de te rendre des comptes sur la naissance de ta mère. 

La question que je me pose est : pourquoi est-ce qu'on entend souvent cette phrase ?

C'est quoi cette façon de voir les choses ? Vous êtes sérieux quand vous dites "J'ai pas demandé à être là" ? C'est un effet de mode ? C'est certainement de l'abus. Personne ne peut dire ça, puisque personne n'a demandé à naître. Ta présence sur terre n'est pas là uniquement pour rendre service à tes parents. Ils ne devraient pas s'estimer heureux de t'avoir, tout comme tu ne devrais pas t'estimer heureux qu'ils t'aient ou qu'ils t'apportent ce dont tu as besoin. 

Ils ont un minimum à t'apporter et tu n'es pas intouchable. Tu ne fais pas et tu ne dis pas ce que tu veux sous prétexte que de toute façon ils doivent t'assumer tel que t'es. Ils sont chargés de ton éducation, et tu es en majeure partie ce que tu es du fait qu'ils sont tes parents. Ton identité n'est pas innée, ils ont le devoir de te l'apporter en partie. Il y a un lien entre vous qui existe et qui doit être reconnu des deux côtés. 

Du côté des parents :
Il est certain que ce genre de paroles puisse blesser. Le mieux reste toujours la discussion. 

Ce qui est valable du côté de l'enfant est également valable du côté des parents, vous n'avez pas à réclamer à l'enfant un remerciement ou quoi que ce soit. L'amour n'a pas de conditions, et le devoir d'éducation fait que vous vous devez de montrer à l'enfant la bonne manière de voir les choses, et ce, certainement pas en lui demandant de rendre des comptes sur un comportement égoïste en se basant sur le fait qu'il est indéniable qu'il vous doit tout puisqu'il est sorti de votre ventre. 



Nous ne sommes pas tous égaux
Il ne faut pas se leurrer. Les familles pas très équilibrées sur la relation parent-enfant existent : des parents qui négligent leurs enfants (voire les maltraitent) ou des parents qui idolâtrent leurs enfants (enfants rois), c'est toujours assez commun. Trop commun.

Ces deux cas extrêmes sont effrayants. Les enfants qui se retrouvent complètement livrés à eux-mêmes dès leur plus jeune âge ou ceux qui règnent en maître sur leur famille ont dû faire le sujet de bien des émissions et enquêtes spéciales. 

Concernant les enfants maltraités, les services sociaux peuvent toujours améliorer leur système, puisque les conditions d'enfants en familles d'accueil ou en foyer ne sont pas toujours réellement améliorées. Ils ont besoin d'une prise en charge psychologique parfois, et d'être placés dans une famille plus adoptive que seulement transitoire

Les enfants rois, c'est plus sournois. Les parents ne se rendent pas compte de ce qu'il se passe au sein de leur famille. Ils en sont aveugles. 

J'ai déjà eu affaire à ce type d'enfant pourri gâté : une petite fille de pas plus de 9 ans qui demandait à ma mère de se lever de son siège (qui se trouve avoir été la place de la gamine 5 minutes plus tôt) dans un magasin de chaussures, et qui s'est vue supportée farouchement par sa mère qui réclamait qu'on soit plus respectueux et qu'on fasse bien attention au fait qu'elle-même soit enceinte. On ne parle pas aux gens de votre espèce, qu'elle avait dit au départ. A la fin, elle s'égosillait comme pas possible sur le fait que sa vie était difficile et qu'on la connaissait pas. Euh. Ok. 
Pour conclure rapidement
L'éducation... c'est compliqué. Faire attention à ne pas tomber dans les extrêmes, s'en prendre souvent plein la gueule en ce qui concerne l'éducation de ses propres enfants par les autres parents ou par l'école, se prendre la tête avec ses propres parents parce qu'on n'est pas tel qu'ils auraient voulu qu'on soit ou parce qu'ils ne sont pas tels que les parents d'un tel autre ou d'une telle autre... 
Le premier pas c'est la prise de conscience de la situation actuelle, celle qui sévit au sein de la famille. Les suivants c'est le travail qu'on met en oeuvre pour arranger les choses (travail qui peut prendre la forme d'une longue discussion, d'un rendez vous chez un psychologue, d'aides sociales...).

Pffiou... Pas sûre d'avoir envie de procréer quand on voit tout ça. 


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