dimanche 27 avril 2014

Meet Dr. Jeckyll and Mrs Hyde

J'avais passé l'espace d'un weekend loin de chez moi. A Paris, pour être plus exacte. L'espace d'un weekend, j'ai pu me libérer l'esprit de toutes les obligations de la sphère dans laquelle je tente d'évoluer. J'étais loin de chez moi, et pourtant j'étais plus proche de moi-même. Un brouillard étonnement dense s'était dissipé le temps du trajet. Malheureusement cette libération s'avéra trop courte à mon goût. Vraiment trop courte.

En fait, c'est seulement quand on quitte tout ce beau monde qu'on se rend compte de la futilité de ces choses que l'on fait pour tenter de remplir un peu sa vie. Pas vrai ? Il suffit de passer quelques temps dans un endroit un peu coupé de notre monde pour s'en rendre compte. Il suffit de passer ce temps avec les bonnes personnes, pour en arriver à se poser les bonnes questions. Celles qui, en temps normal, restent tapies dans l'ombre de la routine quotidienne.

Les grandes remises en question, en somme.

C'est pas tellement dénué de sens, tout ce que je fais. Ma vie, comme elle est agencée, elle continue de me paraître comme étant relativement bien ficelée. M'enfin, tout ça pose tout de même certaines interrogations. Parce qu'il y a toujours des choses qui sont là, qui sont telles qu'elles sont, sans qu'on sache réellement pourquoi. Un petit trait de caractère. Une petite mauvaise habitude. Et puis tout ce qui en découle, que ce soit en actions, en paroles... en pensées.Voilà. C'est là, ça le reste, sans forcément trop de raison.

J'ai beaucoup insisté dans mes derniers billets sur le fait que je n'étais pas une nana qui faisait les choses « comme ça ». Je maintiens toujours cette bonne parole. Je ne suis pas une nana qui fait les choses « comme ça ». Je suis une obsédée du sens. Je suis nombrilocentrée ; je ne regarde réellement que les conséquences qui m'affectent. Je planifie tout autour de moi-même et je hais par dessus tout les fausses notes. Ces petits éléments flottants qui n'ont pas de place propre. Qui sont simplement là du fait d'une erreur de jugement ou d'un instant de folie.

J'suis pas vraiment très tolérante envers moi-même. Disons que je me supporte. Du moment que ces instants de folie restent rares et « contrôlés ». Car, même s'il est vrai que j'aime tout avoir sous « contrôle », je reste tout de même capable d'impulsivité forte. C'est ce qui me caractérise. Ce n'est pas vraiment que le contrôle m'échappe. C'est que je décide soudainement de me foutre des règles que je m'impose à moi-même. En fait, rien ne peut être réellement établi. Les serrures peuvent sauter à certains moments, sur un simple coup de tête. Bam. Et ensuite, quand le Dr. Jekyll reprend le dessus, il se contente de nettoyer après le passage de Mr Hyde.

Généralement, la mise en scène du « il ne s'est rien passé d'inhabituel » est salement réussie. Mais parfois, il y a un truc dérangeant. Une pièce manquante ou un petit élément qui ne devrait pas se trouver là. C'est une couverture ratée. Et c'est ce qui vient me perturber dans mes plus grands moments de faiblesse.

Personne n'est parfait, je me suis faite à cette idée il y a vraiment vraiment longtemps. Je ne suis pas madame tout le monde, et ça, je commence tout juste à l'imprimer. Quand on en sait un minimum sur ma vie, on s'en rend compte. J'suis très loin d'être madame tout le monde. Je vis dans ma propre bulle. Je n'ai nullement besoin d'en sortir pour être « bien ». Je ne dirai pas « heureuse », car peut-on réellement l'être ? Mais je peux être « bien ». Bien dans ma peau, bien dans ma vie, bien avec les quelques êtres vivants que je laisse m'approcher d'un peu plus près.

J'essaie continuellement de me comprendre. J'aimerais arriver à pouvoir m'anticiper. Pas me contrôler, et j'ai déjà expliqué la raison pour laquelle je n'y arriverai pas de toute évidence. Mais m'anticiper. Mais n'est-ce pas là tout de même une variante du self-contrôle ? J'entends que j'aimerais plutôt « me connaître » que « me contrôler ».
J'aimerais savoir un peu à l'avance toutes mes possibilités, celles que je serais en mesure de regretter le moins possible, celles qui correspondraient le mieux à celle que je suis réellement au moment de prendre mes décisions. J'essaie continuellement de me comprendre, de trouver un sens à tout ces choix que je fais, par rapport à moi-même ou bien par rapport à mon vécu, afin de pouvoir les inscrire dans une histoire, mon histoire ; sans quoi peut-être que je me laisserais délibérément choir dans un coin de ma chambre, me demandant finalement « à quoi bon ? ». A quoi est-ce que tout ça peut bien rimer ? Pourquoi j'devrais me plier à cette grande comédie qu'est la vie en société...

C'est pas une question que j'ai envie de me poser. Pour moi, d'ailleurs, cette question ne se pose pas. Peut-être que c'est un peu refuser de voir la futilité en face, mais j'aime mieux voir ma vie ainsi. Après tout, avec toutes les coïncidences (plus ou moins fortuites à mon sens) qui composent l'univers, pourquoi s'entêter à se poser ce genre de question ? « A quoi bon ? » Tout est là pour une raison, mon petit. Et tu feras tel ou tel autre choix en considération de l'une d'entre elles. C'est comme ça que ça marche. Car nous sommes de toutes les façons influencés par ce qui nous entoure, autant ne pas se borner à aller à contre courant quand cela ne nous mène à rien d'autre qu'à des complications qu'on ne peut pas gérer.

C'est peut-être parce que j'arrive à comprendre ça que la mort ne m'effraie plus vraiment. Je ne saurais dire si elle m'a un jour réellement effrayée. Même lorsque le suicide de Samantha m'avait terriblement affectée, je pense que c'était davantage sa résignation, son déterminisme qui m'effrayait plutôt que la mort en elle-même. Qu'est-ce que la mort, réellement ? Et de quoi a-t-on réellement peur quand on a peur de la mort ? De la souffrance ? La notre ? Celle d'autrui ? De l'ignorance ? L'ignorance est tenue pour acquise. Elle est là, elle ne bougera pas. Elle englobe la souffrance, aussi. On ne sait pas, après tout, si on souffrira. Alors pourquoi en avoir peur ? Pourquoi avoir peur de quelque chose dont on ne saura les plus intimes secrets qu'une fois qu'on y sera confronté soi-même ? Je ne pense pas avoir peur de la mort. Pas de la mienne. Peut-être pas non plus de celle de mes proches, même si j'en souffrirai. La mort, c'est un élément de notre histoire. J'ai l'impression de savoir pourquoi je n'en ai pas peur sans pour autant pouvoir l'expliquer. Je sais que quelque chose me rassure dans la mort. Quelque chose que peut-être Mr Hyde compte garder pour lui des temps durant.
La vie est tellement courte. Dire ça à seulement vingt ans, ça peut sembler paradoxal. Concrètement je ne sais absolument rien ce que me réserve ma propre vie. Les choix qui vont se présenter, les décisions que je vais prendre. Les conneries de Mr Hyde et leurs conséquences sur les décisions à prendre par la suite, tout ça. Je ne tiens pas mes principes comme immuables. Certains se révéleront peut-être plus tenaces que d'autres. Certains de mes principes tiendront tête, quoi qu'il advienne, à Mr Hyde, à ma volonté, au temps, ... Mais toutes les choses que j'énonce aujourd'hui sont loin d'être irrévocables à mes yeux, même si dans les conditions actuelles, elles semblent l'être.

Dans les moments où j'arrive à accepter ma vie telle qu'elle est – en tenant compte des périodes Hyde évidemment – j'en viens à me définir une certaine « ligne de conduite » pour la suite. Enfin, tu vois, le genre de principes généraux qu'on énonce intérieurement. Par exemple, j'me vois mal me marier un jour. J'me vois mal avoir des gosses. Et quand bien même j'en aurais un par la force des choses, j'me vois mal l'élever en couple.
J'suis une grande célibataire de la vie. Une grande solitaire. J'sais pas si j'arriverai un jour à me dire que j'me verrais bien emménager avec un tel ou une telle. J'suis du genre à y penser un instant, puis me dire « mais merde, j'vais où si j'ai besoin d'être toute seule ? ».

J'ai besoin de mon monde personnel. J'sais pas si ça s'est forgé avec toutes les relations longue distance que j'ai entretenues, ou si j'ai entretenu ces relations longue distance parce que je suis intrinsèquement solitaire. J'me vois mal me mettre des menottes. J'ai besoin d'un grand degré de liberté. J'ai besoin de pouvoir évoluer dans tous les sens. De ne dépendre de pas grand chose.

La dépendance... C'est quelque chose de terrible. C'est ce que je déteste le plus. Quand bien même certaines personnes trouveraient ça plutôt romantique, avec un certain stayle, tout ça. J'vais pas dire que j'me suis jamais essayée à des trucs susceptibles de me rendre dépendante. Mais ça n'a jamais pris. J'suis dépendante d'aucune substance, d'aucune personne non plus, à bien y réfléchir. Les choses et les personnes que j'aime peuvent s'en aller et revenir ; je n'en tiendrai jamais rigueur.

La dépendance. La lassitude ? Serait-ce parce que je suis une personne qui se lasse ? Est-ce que je me lasse ? Je ne sais pas. Je reviens toujours, après un laps de temps plus ou moins long. Il peut peut-être arriver que, parfois, je ne revienne pas, et ça voudrait alors dire que ça n'avait pas tellement de sens pour moi. Les substances, tout ça, ça n'a pas de sens. Mais cette caractéristique, celle des vas et viens permanents à toute chose, à toute personne, me permet au moins de définir une chose. C'est que les personnes ou les choses qui sont toujours là malgré tout ce temps et tous ces mouvements, ce sont les choses qui me correspondent le plus. C'est ce qui serait le plus proche de me définir. Je rapporte toujours tout à moi-même, je m'en rend compte, j'en suis pas toujours très fière d'être aussi égocentrée en toute circonstance, mais c'est ainsi. Je suis ma propre observatrice, ma propre scientifique, ma propre psychologue, ce genre de trucs. J'me vois mal me livrer à quelqu'un d'autre que moi-même, laisser quelqu'un d'autre me définir. Et même si je donne l'impression de me livrer à des inconnus à travers ce blog, ça ne se présente absolument pas comme ça de mon point de vue.

Pourquoi un blog plutôt qu'un journal, alors ? Parce que c'est ce qui me correspond le mieux. Parce que j'aime taper à la vitesse de mes idées, parce que je voudrais laisser cette trace de moi, parce que ça n'aurait pas de sens de tout recenser dans un carnet qui resterait au fond d'un tiroir. Je demande pas vraiment d'avis à ceux qui me lisent. Plutôt une écoute. Y a pas d'avis à avoir. J'suis comme ça et je pense me connaître suffisamment pour ne pas avoir besoin de demander l'avis d'un tiers. Je m'expose bien sûr au jugement. Parce que j'suis pas madame tout le monde, tout ça. Parce que j'vis à ma façon, que j'donne l'impression de péter plus haut que mon cul pour certains (étonnamment je ne semble péter plus haut que mon cul qu'aux yeux de ceux qui n'ont fait qu'un passage rapide dans mon univers, ce qui, semblerait-il, en dirait long sur ce type de propos). J'm'expose au jugement, mais voilà, j'suis pas tellement dépendante de l'opinion d'autrui. J'suis pas tellement intéressée par les avis qu'on me donne sur ma propre vie. Elle ne va changer pour les beaux yeux de personne si ce n'est ceux de Mr Hyde. Pas même pour les miens, à vrai dire. J'ai pas tellement de contrôle sur tout ça. J'me contente d'un petit degré de régulation, et de l'after. Ce moment de réveil d'après guerre. Ce moment où j'm'explique à moi-même et je range tout à sa place d'origine. Ou à sa nouvelle place.

Est-ce qu'on serait capable de se servir de tout ce que je livre ici contre moi ? J'ai l'impression que c'est déjà arrivé. C'est peut-être ce qu'est l'un de ces flottements sans queue ni tête dont je parlais tout à l'heure. Seulement, est-ce que ça voudrait dire que je dois tout enlever pour me protéger, ou bien au contraire, que c'est en rendant public tout ce qui serait susceptible de me fragiliser que je serais le plus à même de me protéger ? La question se pose, c'est vrai. Après tout, quelle est la probabilité pour que quelqu'un qui me veuille réellement du mal passe sur ces quelques pages web ? Mais d'un autre côté, ça rendrait mon blog plus personnel, d'entrée plus limitée, un peu comme une salle d'entraînement personnelle.

Ce blog, c'est ma salle d'entraînement personnelle.

J'disais que je n'étais pas vraiment tolérante avec moi-même, mais je me trompais, au final. J'suis très tolérante. Et pas qu'avec moi-même, pour être exacte. Je me protège. Je protège aussi mes proches de Mr Hyde du mieux que je le puisse. Je répare ses erreurs, les mets sur le dos de quelqu'un/quelque chose d'autre que moi-même (parce que bon, soyons francs, on le fait tous et ça sauve pas mal de situations), tout ça. Mais tout ça, ça ne fonctionne qu'à la seule et unique condition que je garde un certain degré de liberté pour moi-même. Et il n'est pas minime. On peut se dire que, parce que je vis chez mes parents, je serais tout à fait capable de faire un jour une colocation ou bien carrément vivre avec quelqu'un du moment que ces gens soient assez proches de moi pour s'assimiler à ma situation actuelle. Je ne suis pas du même avis. Parce que je me rends bien compte que, malgré le fait que j'ai ma propre chambre et qu'on me lâche relativement la grappe une fois que je m'y retire, j'ai tout de même souvent l'impression de ne pas être tranquille. De ne pas pouvoir. Personne ne s'en rend compte, mais je le vis mal dans ces moments là. Ça a peut-être aussi un rapport avec le fait que je sois très « cyclique » si j'puis dire, m'enfin, c'est tout de même pas la joie. J'suis pas encore suffisamment indépendante de mes parents pour pouvoir penser à me prendre un petit appart seule, mais ça viendra. Et je pense que ça me fera le plus grand bien. Parce qu'à ce moment là, j'aurais atteint l'indépendance qui me fait tellement rêver à l'heure actuelle. J'suis du genre à bien faire les choses et à ne pas les précipiter, quand il s'agit de grands projets. Alors laissons le temps venir pour tout cela.

Laissons le temps venir.

1 commentaire:

  1. Pourquoi vouloir s'anticiper ? Il faut parfois se surprendre :p

    Romane
    http://linconstance.blogspot.fr

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